La lettre de Guy Môquet et autres écrits

Publié le par Mateo

Comme c'est la journée pendant laquelle les enseignants devaient lire la lettre de Guy Môquet, la voici:


La lettre de Guy Môquet

« Ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa aimé.

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean. J’ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas !

J’espère que toutes mes affaires te seront renvoyées, elles pourront servir à Serge, qui, je l’escompte, sera fier de les porter un jour.

A toi petit papa, si je t’ai fait ainsi qu’à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée. Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j’aime beaucoup. Qu’il étudie bien pour être plus tard un homme. 17 ans et demi, ma vie a été courte ! Je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous.

Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine. Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d’enfant.

Courage !


Votre Guy qui vous aime

 

 

Dernière pensée :
Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !
 ».

 N.B. (Jean, Roger et Rino sont des camarades internés à Choisel. Tintin désigne Jean-Pierre Timbaud, 
Charles Michels est un autre fusillé)

Soulignons que la dernière pensée est une phrase gravée,par Guy Môquet, sur une planche de la baraque où les condannés furent consignés avant l'exécution.

Ensuite, ce n'est pas le seul écrit connu de Guy Môquet, il l'auteur de plusieurs poèmes dont voici des extraits:

Réagissant à l'arrestation de son père, survenue le 10 octobre 1939, il écrit une lettre au président de la Chambre des députés, Édouard Herriot:

« Monsieur le Président [...]
Je suis l'un des enfants d'un de ces députés
Qui sont tous en prison aujourd'hui enfermés
Je suis jeune Français, et j'aime ma patrie
J'ai un cœur de Français, qui demande et supplie
Qu'on lui rende son père, lui qui a combattu
Pour notre belle France avec tant de vertu
[...]
J'agis avec mon cœur, que j'appelle français
Agissez en bon père, agissez en Français [...] »

Remarquez quecette lettre est en alexandrin!

Quand Guy Môquet est arrêté, il a sur lui un poème engagé évoquant trois de ses compagnons de lutte incarcérés avant lui :

« Parmi ceux qui sont en prison
Se trouvent nos 3 camarades
Berselli, Planquette et Simon
Qui vont passer des jours maussades

Vous êtes tous trois enfermés
Mais patience, prenez courage
Vous serez bientôt libérés
Par tous vos frères d’esclavage

Les traîtres de notre pays
Ces agents du capitalisme
Nous les chasserons hors d’ici
Pour instaurer le socialisme

Main dans la main Révolution
Pour que vainque le communisme
Pour vous sortir de la prison
Pour tuer le capitalisme

Ils se sont sacrifiés pour nous
Par leur action libératrice


Tout au long de sa détention, de Fresnes à Châteaubriant, Guy Môquet écrit régulièrement à sa famille proche dont plus d'une centaine de lettres à sa mère.

La plus célèbre est celle qu’il écrit le jour de sa mort, la première que vous avez lu.


Mateo, Guy Môquet, d'accord, pourquoi  pas, mais dans le contexte. En tout cas, belle plume pour un si jeune homme.


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